C'EST une première: une femme vient d'être nommée à la tête de la Grande loge nationale française, obédience pourtant strictement interdite aux femmes depuis sa fondation en... 1913.

Le tribunal de grande instance de Paris a en effet décidé de nommer lundi Monique Legrand, administrateur judiciaire, comme mandataire ad hoc de cette "association" qui connait depuis un an une crise interne d'une ampleur inégalée. Les membres de la GLNF sont en effet en conflit ouvert avec leur président, l'avocat François Stifani, depuis le 26 mars dernier, lorsque l'assemblée générale de la GLNF l'avait sommé de démissionner. Ses membres lui reprochaient des prises d'intérêt et une prise de pouvoir totale au sein de la GLNF. Stifani avait alors fait démissionner son conseil (lui y compris), mais s'était maintenu en place, et continuait de se considérer le "Grand maitre" de la GLNF au moins jusqu'en 2012.

En décembre dernier, le TGI de Paris avait invalidé l'assemblée générale du 26 mars pour permettre l'organisation d'une nouvelle AG, destinée à réélire un nouveau président. Lundi, elle est allée plus loin, en nommant un mandataire ad hoc à la tête de l'association. Non seulement, elle se substitue ipso facto à François Stifani, qui perd ainsi tout pouvoir, mais elle confirme que la nouvelle AG devra ratifier un candidat à la Grand Maitrise.

Dans un courrier envoyé mercredi à ses Frères, François Stifani affirme, de manière étonnante, que cette nomination est "une très bonne nouvelle". Maitre Monique Legrand devra pourtant le pousser vers la porte. Et surtout ramener le calme.

 

par Eric Tréguier, chef de la rubrique "Finances privées" à Challenges, jeudi 27 janvier 2011.